j’ai beaucoup de
questions, d’interrogations ; et, il me semble, très peu de mots pour le dire.
5.10.14
3.10.14
10.9.14
« le visage d’une mère
est pour l’enfant son premier livre d’images. ma mère avait un visage de bon
pain et j’aimais, quand elle me soulevait de terre et me portait à la hauteur
de ses yeux, tapoter de mes doigts boudinés de garçon de trois ans la mie de
ses joues claires. un peu plus tard, quand je commençai à écrire, vers six ou
sept ans, je m’amusai à dessiner de mes doigts quelques mots sur ses joues. elle
fermait les yeux, me laissait faire puis, sans jamais se tromper, disait à voix
haute le mot que je venais d’appuyer sur sa chair : eau, feu, terre, lune.
ainsi, celle dont la patience m’instruisait sur l’éternel était-elle devenue ma
première page blanche. » (p.23)
« tout amour touche en
nous à l’enfance, c’est à elle qu’il s’adresse et c’est sur un tel fond de
blancheur que s’imprima soudain le visage en or de Louise Amour : je crus
qu’il y avait dans son sourire assez de chaleur pour faire fondre toutes les
neiges et, avec elles, toutes les noires mélancolies des mères hirondelles. »
(p.34)
Christian
Bobin, Louise Amour, Paris, Gallimard,
2004.
10.8.14
« l’enfant en bas âge s’aventure
dans la parole comme on se risque en pays étranger : captant quelques
intonations, apprenant vite les rudiments nécessaires à la satisfaction de ses
besoins vitaux. la langue dite natale n’est qu’une langue étrangère que l’on
aurait, avec le temps, parfaitement assimilée. la seule langue vraiment natale
est celle dont nous connaissons d’emblée les moindres finesses : ses mots,
ce sont les visages. ses phrases, ce sont celles d’un amour où plus rien de
nous n’est laissé à l’étranger.
ce qui est dit n’est
jamais entendu tel que c’est dit : une fois que l’on s’est persuadé de cela,
on peut aller en paix dans la parole, sans plus aucun souci d’être bien ou mal
entendu, sans plus d’autre souci que de tenir sa parole au plus près de sa vie.
» (p.36-37)
Christian
Bobin, L’éloignement du monde, Paris, Lettres
Vives, 1993.
à la bibliothèque
à la bibliothèque, je
parcours lentement les rayons des romans québécois. j’en extrais quelques
histoires oubliées, que je dépose bien à la vue des gens en quête d’idées de
lecture. je les fais prendre place entre les Follet et les James de ce monde,
dans l’étagère que mes collègues et moi remplissons de nos coups de cœur.
leur couverture
défraichie ornée d’un titre seul n’attire peut-être pas autant l’œil qu’une cravate
sur un fond bleu, mais il m’arrive oui de voir partir ces livres de la
bibliothèque, entre les mains de lecteurs nouveaux.
c’est, pour moi, une petite
victoire - une grande félicité.
16.5.14
division
de ces années où l’écriture était purge de passions
éphémères, il ne reste qu’un flou identitaire. je ne dis pas (même si dire qu’on
ne dit pas est en fait une façon de dire)
je me suis perdue à moi-même
je dis
j’ai vécu autrement
*
lier cette fille
à celle d'aujourd’hui
pour apaiser le symptôme
de quelque chose qui manque à dire
les perles
les perles, toujours,
se détachent des boucles.
j’imagine un coffre
rempli de perles dépareillées, artéfacts d’instants passés de ma vie.
13.3.14
l'objet manqué
et que tes cheveux se débrochent
en motocross
comme des vagues
(j.h.)
en motocross
comme des vagues
(j.h.)
il y a des jours où l’envie de fumer m’obsède tant qu’on me croirait personnage de fiction. je pense à ces femmes belles et longues qui déambulent dans les rues ou flottent sur les terrasses des cafés, tournant subtilement la tête pour laisser s’échapper la fumée. ces femmes qui lisent, réfléchissent, se reposent au soleil. et fument. tranquillement.
la personne assise à quelques tables de la mienne se racle la gorge. je tourne la tête, perçois l’odeur de sa cigarette. c’est là, dans cet instant d’impossible nausée, que la fiction ne peut plus continuer.
c’est là que mon délire prend conscience de son délire et que je ne me lève pas, au final, pour demander une cigarette à la personne qui fume à côté de moi.
et pourtant, le désir demeure.
7.3.14
« je suis l’amie de
tous les mexicains. je pourrais déclarer que je suis la mère de la poésie
mexicaine, mais c’est mieux que je ne le dise pas. je connais tous les poètes
et tous les poètes me connaissent. je pourrais donc le dire. je pourrais
affirmer : je suis la mère et il y a un foutu zéphyr qui court depuis des
siècles, mais c’est mieux que je ne le dise pas. je pourrais dire, par
exemple : j’ai connu Arturito Belano quand il avait dix-sept ans et
c’était un enfant timide qui écrivait du théâtre et de la poésie et qui ne
savait pas boire, mais ce serait d’une certaine manière une redondance et on
m’a enseigné (on m’a appris avec un fouet, avec une baguette en fer) que les
redondances sont de trop et qu’il faut s’en tenir à l’argument. »
Roberto
Bolaño, Amuleto, Montréal, Les
Allusifs, 2002, p.9.
la fille d'une mère
tandis que ça parle
autour de moi dans cette langue qui m’a un jour entamée, puis s’en est allée se
faire oublier dans ce lieu inconnu de la façon que j’ai depuis d’appréhender le
monde (et de le nommer),
je réapprends à être.
à être la fille de ma
mère.
les enfants se jettent dans la phrase
ces mots à elle
manquent aussi. je relis les notes du séminaire pour la faire vivre ici.
mettons-nous à l’école de la folie et nous apprendrons beaucoup de choses sur nos propres processus psychiques.
mettons-nous à l’école de la folie et nous apprendrons beaucoup de choses sur nos propres processus psychiques.
le réel, ce qui ne
cesse pas de ne pas s’écrire.
1.3.14
horizons
ces rêves où les vagues
tombent et emportent
comme cette nuit où la peur me tire du sommeil
*
encore cette vague qui menace de s’écraser
je la vois gonfler à l’horizon
comme cette nuit où la peur me tire du sommeil
*
encore cette vague qui menace de s’écraser
je la vois gonfler à l’horizon
suis figée sur la plage
enracinée dans mon corps
trop petit
enracinée dans mon corps
trop petit
20.2.14
« à la maison, maman
est allongée sur le lit, elle lit un livre en français. nous sautons sur le
lit, elle nous tâte les pieds. ils sont si froids. glace, elle prononce le mot glace. et puis elle nous ôte nos quatre chaussettes, prend nos pieds nus de patineuses
et les glisse sous son chandail contre la peau tiède de son ventre. paradis
trouvé. »
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