7.3.14

« je suis l’amie de tous les mexicains. je pourrais déclarer que je suis la mère de la poésie mexicaine, mais c’est mieux que je ne le dise pas. je connais tous les poètes et tous les poètes me connaissent. je pourrais donc le dire. je pourrais affirmer : je suis la mère et il y a un foutu zéphyr qui court depuis des siècles, mais c’est mieux que je ne le dise pas. je pourrais dire, par exemple : j’ai connu Arturito Belano quand il avait dix-sept ans et c’était un enfant timide qui écrivait du théâtre et de la poésie et qui ne savait pas boire, mais ce serait d’une certaine manière une redondance et on m’a enseigné (on m’a appris avec un fouet, avec une baguette en fer) que les redondances sont de trop et qu’il faut s’en tenir à l’argument. »

Roberto Bolaño, Amuleto, Montréal, Les Allusifs, 2002, p.9.

la fille d'une mère

tandis que ça parle autour de moi dans cette langue qui m’a un jour entamée, puis s’en est allée se faire oublier dans ce lieu inconnu de la façon que j’ai depuis d’appréhender le monde (et de le nommer),

je réapprends à être.

à être la fille de ma mère.

les enfants se jettent dans la phrase

ces mots à elle manquent aussi. je relis les notes du séminaire pour la faire vivre ici.

mettons-nous à l’école de la folie et nous apprendrons beaucoup de choses sur nos propres processus psychiques.

le réel, ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire.

1.3.14

horizons

ces rêves où les vagues tombent et emportent
comme cette nuit où la peur me tire du sommeil


*

encore cette vague qui menace de s’écraser

je la vois gonfler à l’horizon
suis figée sur la plage
enracinée dans mon corps
trop petit

20.2.14

« à la maison, maman est allongée sur le lit, elle lit un livre en français. nous sautons sur le lit, elle nous tâte les pieds. ils sont si froids. glace, elle prononce le mot glace. et puis elle nous ôte nos quatre chaussettes, prend nos pieds nus de patineuses et les glisse sous son chandail contre la peau tiède de son ventre. paradis trouvé. »

Siri Hustvedt, Un été sans les hommes, Paris, Actes Sud, 2011, p.209.

je n'ai pas apporté christian bobin

et je dois dire que je regrette.

à cet instant de fermer les valises, ma main pourtant effleurait autoportrait au radiateur. j’ai pensé sors des sentiers battus, ose, va vers autre chose.

et la poésie manque.

il y a dans certains livres une vérité qu’il fait bon retrouver en temps d’incertitude.

souvenir d'enfance III

sur staveley, nous nous couchions aux pieds de maman qui faisait la vaisselle, nous réchauffant contre la bouche d’aération fendant le plancher en-dessous de l’évier.

casa

dans un restaurant où les murs
ornés de tableaux colorés
accueillent les mots des gens de passage

nous avons écrit

« ça ne pourra pas toujours ne pas arriver »

11.12.13

ça vient fou

c’est ça, dans le fond. je me prépare pour la partance en me lavant pas pendant deux jours. aujourd’hui que c’était supposé se passer, la douche. mais y’a un camion qui est passé en criant dans la rue et après l’eau a été coupée.

j’avais juste eu le temps de me préparer un café.

25.11.13

« cette passion du signifiant dès lors devient une dimension nouvelle de la condition humaine en tant que ce n’est pas seulement l’homme qui parle, mais que dans l’homme et par l’homme ça parle, que sa nature devient tissée par des effets où se retrouvent la structure du langage dont il devient la matière, et que par là résonne en lui, au-delà de tout ce qu’a pu concevoir la psychologie des idées, la relation de la parole. »

« ça parle dans l’Autre, disons-nous, en désignant par l’Autre le lieu même qu’évoque le recours à la parole dans toute relation où il intervient. si ça parle dans l’Autre, que le sujet l’entende ou non de son oreille, c’est que c’est là que le sujet, par une antériorité logique à tout éveil du signifié, trouve sa place signifiante. la découverte de ce qu’il articule à cette place, c’est-à-dire dans l’inconscient, nous permet de saisir au prix de quelle division (spaltung) il s’est ainsi constitué. »

Jacques Lacan, « La signification du phallus », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.688-689.

24.11.13

un enfant d'été

nous recevons ces jours-ci de bonnes nouvelles, comme la promesse d’une naissance à venir. ce serait un enfant d’été, issu d’espoirs partagés.

13.11.13

souvenir d'enfance II

ma mère avait fait venir ce jour-là un homme à la maison.

il venait pour découper un trou dans le mur entre la cuisine et le salon. pour la lumière, disait ma mère.

j’étais sortie de la maison en trombe, pour me laisser tomber, en pleurs, dans l’herbe verte.

à l’écoute de la scie en marche, un attentat à l’endroit même de mon corps.

8.11.13

au creux de mon ventre

j’ai en moi il me semble un enfant à louer. il cherche, assis au creux de mon ventre, à recevoir les mots qui apaiseraient son ego.

je vois cet homme qui parle à une étudiante à la voix chantante.

l’enfant fait des nœuds dans mon ventre et me pousse à quitter la classe.

un vaste champ sauvage

je reste assise en silence me balançant d’un côté à l’autre, le regard fixant un point dans l’espace, laissant défiler des pensées sans mots, sans prégnance.

j’aspire doucement la fumée, expire longuement.

normalement on en sort avec le mot cherché : une fleur. ici il faudrait que ce soit un bouquet, une roseraie, un vaste champ sauvage.

l'île

le voyage approche. nous avons trouvé des billets à petit prix. les acheter, à coup sûr, c’est partir ; revenir un jour, mais surtout partir.

ce soir-là, nous nous amusions à faire défiler sur l’écran des histoires possibles. j’ai pensé nous pourrions aller marcher sur la terre de mes racines. mais nous regardions grimper les prix avec, il faut le dire, un brin de tristesse dans le sourire.

je pense souvent à ma valise. à ce que je mettrai dedans. peu de vêtements, beaucoup de livres.